La preuve par 7

Comment faire pour que les projets urbains ou architecturaux dépassent les réponses formelles pour se transformer en supports d’actions collectives au service des attentes et des besoins d’un territoire ?

Comment déclencher un changement durable dans un secteur aussi contraint et normé que celui de la construction d’intérêt public, comment généraliser des pratiques alternatives vertueuses en matière d’écologie, d’habitat, d’enseignement ou d’action sociale ?

Comment faire école, transmettre ce qui a été expérimenté, ce qui a porté ses fruits ?

Comment transposer des chantiers extraordinaires dans des contextes et des situations différentes de celles qui leur ont initialement permis d’éclore ?

Soutenue pour 3 ans par les ministères de la Cohésion des territoires et de la Culture, et avec la participation de la Fondation de France, la Preuve par 7 expérimente la réponse à ces questions à travers des projets en cours, qui s’appuient chacun sur un triptyque d’acteurs locaux volontaires : des décideurs politiques, des opérateurs, et des “forces vives” publiques ou privées, usagers et riverains.

Pour un droit à l’expérimentation

La Preuve par 7 est une démarche, qui vise à inscrire dans le réel ce que la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine considère jusqu’à présent comme une simple  « possibilité » : expérimenter de nouvelles façons de construire afin de faire évoluer les usages ; mettre le chantier à l’épreuve d’une écologie effective, sans concessions ; retrouver le sens politique de l’acte de construire dans la constitution d’un commun, matériel (le bâti) et immatériel (l’expérience et le savoir partagés).

L’objectif : promouvoir le recours à la programmation ouverte ; dessiner de nouvelles manières de construire la ville collectivement, au delà du tandem élu-technicien ; promouvoir une réflexion ancrée dans la pratique quotidienne du terrain ; et revendiquer un droit à l’expérimentation par les montages et les usages.

Pour multiplier les possibles

La Preuve par 7 tire son insolent optimisme d’un simple constat : si les expériences d’architecture et d’urbanisme dites alternatives sont de plus en plus nombreuses, c’est qu’elles répondent à un besoin de trouver des solutions enviables à la crise en cours et à venir. Leur foisonnement montre que des citoyens, des élus, des professionnels, des usagers, s’emparent de ces questions localement et quotidiennement, à travers de petits ou de grands projets d’habitat, d’espaces publics, d’équipements, de lieux pour rassembler à nouveau.

L’heure n’est plus aux tentatives isolées, mais à la cohérence globale, à la vue d’ensemble permettant de systématiser des méthodes de projet plus adaptables, des pratiques constructives exemplaires, des modes de gestion du commun adaptées aux enjeux sociaux et économiques contemporains. Cette concentration d’expériences a vocation a faire jurisprudence, l’objectif ultime étant de rendre courantes et reconductibles des démarches et des méthodes jugées jusqu’à présent conjoncturelles et atypiques. La documentation de l’expérience et les échanges autour des projets sera un précieux outil au service de cette diffusion. La Preuve par 7 cherche à faire école plutôt qu’à faire modèle.

La Preuve par 7, ce sont 7 échelles de projet qui couvrent tous les contextes territoriaux, une dizaine sites d’expérimentation, et des thématiques qui prenne l’acte de construire comme prétexte pour aborder des questions de société : la santé, la jeunesse, le travail, la culture, l’éducation, la démocratie.

Sept échelles territoriales d’intervention pour réfléchir à un avenir commun, de la ville et de la société

La Preuve par 7 accompagne des porteurs de projets urbains, d’équipements, d’habitat, à travers la France, sur 7 échelles territoriales : le village, le bourg, la ville, la commune de banlieue, la métropole régionale, le bâtiment public désaffecté et le département d’outre-mer.

Si la loi est générale, les territoires, la géographie, les acteurs, leurs enjeux ne sont pas identiques. Il s’agit, à travers ces 7 échelles, de travailler sur l’interprétation du droit, et sur ce qu’il y a de commun dans cette diversité. Il s’agit aussi de s’emparer de questions transversales, concernant non seulement la construction mais la vie commune. Parce que les projets qu’accompagne la Preuve par 7 cherchent des réponses à ces questions, elle peut en retour généraliser les réflexions, transmettre les conclusions, tester les solutions à d’autres échelles, dans d’autres lieux.

 

La Preuve par 7, qu’est-ce que c’est ? Quelques mots pour la découvrir 

 

Une démarche, des outils

  • la programmation ouverte

Plutôt que de considérer qu’un programme architectural ou urbain se fait en amont du chantier et qu’il est déjà défini au moment où celui-ci commence, la Preuve par 7 met en place une occupation progressive du site du projet, avant le début du chantier. Cette occupation permet de révéler, par une présence et des activités sur le lieu, ses potentiels usages futurs, et de les intégrer au programme – qui reste ainsi ouvert. Chaque acte, chaque occupant, contribue à la programmation finale et à l’aménagement du bâtiment et permet de “tester” le programme. Il s’agit d’un temps actif, vivant, qui s’inscrit dans la durée et dans le territoire, et qui mobilise les volontés de faire sur place. Le programme se teste, la conception s’enrichit, et au fur et à mesure les actes constructifs, même modestes, préparent le chantier.

 

  • la permanence de projet

La permanence est au cœur de la méthode de la Preuve par 7. Elle permet de mettre en œuvre la programmation ouverte. Sur le site du projet, un local est ouvert par un ou une permanente. Il ou elle devient une figure repérable sur le territoire, qui détient la clef pour ouvrir et mettre en action l’occupation d’une partie du site, en permettant à chacun – les habitants, les associations, les multiples acteurs du projet… – de trouver une place, de réfléchir et d’agir ensemble. La permanence devient le lieu catalyseur d’une communauté de personnes avec leurs idées et désirs, qui se concrétisent et viennent enrichir la programmation. Le temps long de la permanence permet d’accepter les rythmes de chacun et de laisser l’imprévu prendre sa place ; que les phénomènes ordinaires, par leur bon sens, retournent le modèle imposé.

 

  • jouer avec le temps long

L’action de la Preuve par 7 se définit par le temps long, à différents niveaux. C’est d’abord celui de cette programmation ouverte qui nécessite de commencer à agir bien en amont du chantier proprement dit. Mais le temps long, c’est aussi garder à l’esprit que cette démarche est transitoire : qu’elle est tournée vers un futur qui reste à dessiner. En occupant une marge d’espace qui attend un projet définitif, elle fait le lien entre les différentes étapes du projet (commande, maîtrise d’œuvre, opérateurs…) pour se mettre au service d’un territoire et de ses habitants présents et futurs.

 

  • faire feu de tout bois

La Preuve Par 7 fait le pari que la valeur financière n’est pas l’alpha et l’oméga du projet urbain : d’autres valeurs sont créées par la transformation de la ville, et ce dès le temps du chantier. Au cœur de la démarche, il y a l’association de la Preuve par 7 avec des acteurs locaux, privés et publics, politiques et associatifs. Cet attelage permet de penser différemment les investissements financiers, de croiser les sources de financement, en faisant le pari de s’appuyer avant tout sur ce qui est déjà présent sur place. La Preuve par 7, c’est aussi de la création de valeur en nature, par la formation notamment, et par la transmission d’un savoir expérimental.

 

 

Expérimenter sur le terrain pour faire preuve dans des espaces concrets et particuliers

  • le vernaculaire

Le vernaculaire, c’est ce qui est quotidien, populaire, local. L’architecture vernaculaire est une démarche qui, en faisant attention au temps long, est modelée par les usages et s’adapte aux enjeux contemporains. Elle met en valeur les matériaux locaux, les savoir-faire spécifiques pour construire ou réhabiliter le patrimoine bâti. Cette démarche est courante en matière de réhabilitation du patrimoine exceptionnel mais très peu explorée pour la construction et la réhabilitation du quotidien.

La démarche de la Preuve par 7 entend créer un pont entre savoirs vernaculaires et savoirs savants, en faisant dialoguer concrètement des chercheurs, philosophes, penseurs de grands thèmes et les « experts » de terrain qui sont les acteurs du territoire, élus, entrepreneurs, habitants… Cette ambition se traduit par des temps de rencontre, colloques, journées d’études sur les lieux mêmes des projets.

 

  • l’écologie du déjà-là

Construire durable, c’est respecter la continuité temporelle entre passé, présent et futur. C’est faire le pari que le présent est appelé à jouer un rôle dans l’avenir. La friche, le lieu vacant, le lieu à venir sont entourés de voisins et voisines qui pratiquent cet espace et le façonnent.

L’écologie du déjà-là engage à considérer les sites de projets comme des territoires, déjà marqués par une histoire, un sol, inscrits dans des réseaux. Il s’agit de prendre en compte ces aspects, de les travailler, de les vivre, de les préserver et de leur donner leur place dans le projet à venir.

 

  • l’expérimentation – le permis de faire

Les codes et les lois recèlent des marges d’interprétation ouvrant de nombreux possibles.  Le permis de faire, c’est l’idée qu’une loi peut être vivante, confrontée à la vie et mise en application comme une jurisprudence pour des cas à venir. En architecture, en urbanisme, dans la construction, la loi devrait pouvoir être interprétée, enrichie de la jurisprudence et créée par l’observation de la chose construite. La Preuve par 7 entend faire la preuve d’autres façons de faire, et de permettre de nouvelles jurisprudences, pour intégrer à la loi de nouvelles situations, de nouveaux modes de vie.

 

  • les échelles

Si la loi est générale, les territoires, la géographie, les acteurs, leurs enjeux ne sont pas identiques. Il s’agit, à travers différentes échelles, de travailler sur l’interprétation du droit, et sur ce qu’il y a de commun dans cette diversité. Réciproquement, il s’agit de veiller dès maintenant à ce que l’échelle locale soit la plus confortable possible, et que la déclinaison locale des lois et règlements, tout comme des « recettes » du projet urbain ou architectural, soient les plus finement adaptés à cette échelle qui est celle de la vie. Nous pensons aussi que le « petit » peut à son tour permettre d’expérimenter et d’inspirer le « grand », et qu’une solution inventée localement peut s’intégrer dans les politiques publiques et dans la loi générale.

 

Construire collectivement, faire école

  • réunir – le partenariat public-privé vertueux

La chaîne traditionnelle de l’aménagement se transforme : la répartition des rôles entre le public qui définit la stratégie et la contrôle via les autorisations d’urbanisme et le privé qui l’applique et construit évolue. De nouveaux acteurs émergent et gagnent en légitimité : collectifs d’habitants, de praticiens ou d’usagers, structures coopératives regroupant investisseurs publics et privés, groupements d’associations et de petites structures aux compétences urbanistiques pas toujours définies….

La Preuve par 7 réfléchit aux outils, juridiques, économiques, légaux, qui permettent de construire une autre façon de travailler ensemble à la transformation urbaine, en mettant au cœur de cette réflexion la notion d’intérêt général.

 

  • l’urbanisme démocratique

En investissant le temps du chantier, en habitant les lieux en devenir, la Preuve par 7 propose d’expérimenter si un collectif de citoyens, constitué d’individus acceptant de sortir de leur domaine de spécialisation, est capable de produire quelque chose qui relève de l’intérêt général. Il s’agit de penser à de nouvelles formules juridiques et réglementaires qui soient capables de réunir les acteurs privés, publics et les citoyens dans une démarche démocratique qui fasse primer l’intérêt général.

 

  • raconter pour faire école

« Pour apprendre il faut d’abord comprendre. Pour cela il faut commencer par voir, étudier ce qu’il y a sous nos yeux. » Elisée Reclus

La fabrique de la ville, c’est aussi la fabrique de la cité, l’espace politique que les citoyens ont en partage. C’est pour cette raison que la Preuve par 7 considère que les chantiers doivent aussi fonctionner comme espace de formation et de transmission, pour permettre à des pratiques marginales de devenir une démarche usuelle, pratiquée collectivement ou individuellement. Faire évoluer les mentalités en ce sens est un des objectifs de l’expérience de la Preuve par 7. Chaque chantier fonctionne ainsi comme une université foraine, capable tout à la fois de mener une expérimentation singulière et d’en rendre compte à la communauté. En plus de construire différemment, il s’agit d’expliquer, d’illustrer, de raconter pour donner envie à ceux qui désirent le changement, mais aussi pour invalider les craintes de ceux qui le croient impossible.